Mai 2015 – Edito

Prospective.fr – Mai 2015 – Edito

Réinventer Paris

Voilà des années que nous ne nous sommes plus exprimés à propos du devenir de l’agglomération parisienne. Nous croyons utile, alors même que nos approches sont trop hétérodoxes pour être prises en considération par les meilleurs esprits, de livrer notre diagnostic et des propositions.

Le cœur du monde bat dans des métropoles : en Amérique du Nord et en Asie, mais aussi près de nous, Londres, Francfort, Barcelone, Milan… Débordantes de dynamisme et vibrantes d’activités, ces villes ne cessent de créer des richesses. Paris est l’une d’elles, ses réalisations et ses potentialités sont immenses. Mais le modèle parisien diverge. Certes, il reste complexe, riche et prestigieux. Mais parmi toutes les expressions de la modernité, un seul domaine connaît réellement une montée en puissance : le tourisme. Paris est d’abord une destination touristique, la première du monde. C’est un motif de fierté et il faut espérer que cela continuera. Pourtant, la prédominance du tourisme est ambiguë. C’est une activité imprévisible, elle dissimule une insuffisance de dynamisme et une pauvreté trop répandue. Elle accentue le déséquilibre entre le centre, les quartiers périphériques intra-muros et le reste de l’agglomération.

Les Pouvoirs publics savent que le rang d’une métropole est fonction de son « leadership à têtes multiples », c’est-à-dire du nombre des activités compétitives qui s’y déroulent. C’est dans cette perspective qu’a été lancé l’immense programme du Grand Paris. Celui-ci poursuit des objectifs louables : transport public, logement, environnement ; dans ces domaines en effet les besoins sont immenses. Mais, grand consommateur de dépense publique, il méconnaît le fait que l’équipement n’induit pas à lui seul la création de richesses (c’est la création de richesses qui exige et finance l’équipement). Nous sommes en pleine impasse conceptuelle.

Dans les métropoles actives, les quartiers centraux irriguent les autres. Quand le centre exerce un pouvoir d’attraction réduit ou seulement sectoriel, c’est sur l’ensemble de l’agglomération qu’il faut parier. L’agglomération parisienne est une immense nébuleuse, douze millions de personnes. Paris pourrait devenir ce que l’agglomération n’est pas encore, un vaste ensemble multipolaire capable de convaincre les attracteurs de développement de s’y installer et de rendre possible l’initiative de chaque collectivité en son sein.

Y a-t-il de vraies alternatives à cette approche qui aurait tant d’avantages ? Certainement, par exemple écarter la vision historique en termes de centre et de périphérie qui continue d’imprégner l’esprit public ; renforcer l’identité individuelle, encore superficielle, des centaines de villes de l’agglomération (seules quelques-unes, enracinées dans l’Histoire, comme Versailles ou Saint-Denis sont connues pour elles-mêmes)… Des initiatives fortes sont indispensables, faute de quoi tout cela resterait de l’ordre du discours. Ce n’est pas ici le lieu de les décrire, mais l’organisation de l’Exposition Universelle en ferait partie.

Pour marquer symboliquement le fait que désormais Paris, c’est l’agglomération, pourquoi ne pas transférer le du siège de la Région Ile de France en dehors de Paris ? Il y a des précédents : l’Etat de New-York est administré depuis Albany, l’Etat de Californie depuis Sacramento… Le découplage géographique, au sein de la région, entre le pouvoir politique et la société civile ne présenterait que des avantages. Pourquoi l’île de France ne serait-elle pas administrée depuis une sympathique et ancienne petite ville de la périphérie, Poissy, Pontoise ou Provins ?

Prenons conscience de l’enjeu. La persistance du statu quo, même bonifiée par un hypothétique retour de la croissance économique, serait le pire des scénarios. C’est de nos actions actuelles et dans le futur proche qu’il dépendra que Paris rattrape les autres grandes métropoles du monde. Faute de quoi, c’est Venise qui deviendra notre concurrente. Quelle image de nous laisserions-nous à ceux qui viendront après ?

Armand Braun