Janvier 2015 – Edito

Prospective.fr – Janvier 2015 – Edito

Prospective: pour une nouvelle définition de la liberté

Dès qu’un fait nouveau scientifique ou technique impacte la société, nous nous inquiétons. Prenons l’exemple des robots : dans l’imaginaire collectif, des armées mécaniques sont à la porte, qui vont dévorer les emplois et réduire l’humanité au chômage d’abord, en esclavage ensuite. Même le grand physicien Stephen Hawking, qui ne survit que par tout un ensemble de machines très sophistiquées, a récemment lancé une alerte : cette évolution des robots risque à terme de priver l’humanité de sa raison d’être. Il devient crucial, universellement, de dépasser le stade élémentaire des jugements de valeur, d’identifier les vraies problématiques et de concevoir de nouvelles approches.

Celles-ci devraient notamment porter sur la liberté. Dans les sociétés démocratiques, la question de la liberté politique ne se pose plus. Grâce en soit rendue à nos prédécesseurs ! Il faut à présent s’interroger sur la liberté dans sa relation avec les sciences et les techniques.

Et pour ce faire, commencer par écarter les voiles que sont la peur, l’aveuglement, l’ignorance, les idées reçues. La conquête de cette expression nouvelle de l’idée de liberté pourrait passer par la généralisation de la maîtrise de minima de connaissances. On observe tout ensemble la formidable multiplication des formes de savoir et la redoutable perte de maîtrise par l’homme de ce savoir. Expressions de ce paradoxe : nous ne cherchons plus à savoir comment fonctionnent les équipements que nous utilisons ; la mobilité sociale n’entraîne plus les nouvelles générations vers le haut mais vers le bas ; des castes d’ingénieurs hyper-compétents se créent pour se refermer sur leurs propres réseaux mondiaux, au plus loin de la vie sociale.

Dans ce monde complexe, où nous risquons d’être réduits à l’état de consommateurs et de spectateurs, chaque personne doit se prémunir contre les risques inconnus de l’inaction et de l’ignorance. Pas question bien sûr que chacun prétende tout savoir, mais chacun doit personnellement savoir quelque chose, détenir une infime parcelle des connaissances que possède l’humanité, savoir la mettre en valeur. Faute de quoi nous tomberons tous dans la dépendance totale et serons dépouillés de ces conditions constitutives de la liberté : l’autonomie et le libre-arbitre.

Voilà un beau combat ! Avec la science et la technique, promouvoir cette vertu dont nous nous flattons sans vraiment la mériter : l’humanité.

Bonne Année 2015 !

Armand Braun (Paris) et Charles Stewart (Washington)