Prospective
du jour et de la nuit
S’agissant
de l’avenir, les uns en évoquent les risques, les autres
les espoirs. Tous à partir de leur expérience et
de leurs convictions. Rien de plus normal. Mais il en résulte
forcément des approches contradictoires et qui, au total,
font obstacle à l’action nécessaire alors que montent
les périls et que surgissent de nouvelles ouvertures.
Au lieu de penser à ce qu’il faudrait faire, qui nous
oppose, il vaudrait mieux réfléchir à la
manière de procéder, sur laquelle nous pouvons
peut-être nous entendre.
Nous
voulons ignorer que nous sommes, chaque jour qui passe, une société moins
riche au sein de laquelle les tensions dues à l’appauvrissement
ne cessent de monter. L’alternative se précise entre le
jour d’un avenir porteur d’espoir et la nuit du renoncement.
Il
devient vital d’aller plus loin.
Parmi
les si nombreuses questions à revisiter, lesquelles choisir
? Quelles sont celles dont le traitement pourrait exercer un
heureux effet de levier ? Face à la crise économique
par exemple, est-il préférable de subir ou d’agir,
de faire du sur place ou de bouger ?
Parmi
les conseils qui nous sont prodigués de toute part, lesquels
retenir ? Selon quels critères ? S’agissant du climat,
par exemple, faudra-t-il demain imiter Descartes qui, pour se
garantir contre des ennuis éventuels, soumettait ses écrits à des
théologiens avant publication ? Le point de vue d’une
revue scientifique a-t-il plus de valeur que les propos d’un
humoriste ?
Hommes
et femmes libres dans une société démocratique,
nous n’admettons plus d’être considérés comme
un troupeau qu’il faut guider. C’est le sens profond de ce qui
nous sépare de la culture républicaine telle qu’elle était
interprétée hier et avant-hier. De nos jours, la
responsabilité personnelle va de pair avec l’engagement
dans la vie de la Cité. Comment l’assumer ? Comment évaluer
une décision en prenant en compte le contexte passé et
les horizons possibles ?
Les
assemblées élues et les pouvoirs publics ne sont
pas moins influencés que vous et moi par les passions
du moment, le politiquement correct, les schémas mentaux
que d’astucieux communicateurs ont imprimés dans nos cerveaux.
Sans parler de leur bras armé, les bureaucraties, pas
toujours plus visionnaires qu’eux. Fixés sur l’immédiat,
nous ne remontons jamais aux causes (les budgets publics, les
scandales genre SNCM ou Sealink). Comment aider nos élus à intégrer
effectivement les leçons du passé et le souci de
l’avenir dans leurs initiatives, au-delà des simplismes à la
mode et des exigences des groupes de pression ?
En
Europe, se propage « la nuit », le risque d’effondrement
aujourd’hui, de soumission demain. Après la Grèce,
elle atteint aujourd'hui l’Espagne, peut-être bientôt
la France. Probablement pour longtemps, avec peut-être
des conséquences tragiques pour nos libertés et
l’avenir des populations. L’armature d’un futur réseau
de règlements, d’interdictions et de rationnements, assorti
comme toujours de bons sentiments, est déjà en
place. Si nous ne nous décidons pas rapidement à écarter
le fardeau bureaucratique, obstacle essentiel à la renaissance
de l’emploi, nous serons peut-être bientôt confrontés à nos
responsabilités non assumées comme l’ont été ceux
dont la passivité et l’absence de courage dans la première
moitié du XXe siècle ont rendu possible
l’instauration de terribles totalitarismes. Et ne croyons pas
que la prospérité des autres régions du
monde suffira à exercer un effet apaisant sur les plaies
que nous n’osons pas résorber.
« Le
jour » attend pour apparaître que nous le voulions
bien. Car les issues sont, bien loin des explications académiques
et politiques, affaire de lucidité et de courage. Tout
est à faire et peut l’être, mais nous refusons toujours
d’en assumer les conditions. Nous continuons à penser
l’avenir à travers les prismes désuets des XIXe
et XXe siècles. L’essor que connaît le
monde est à notre portée. Deux exemples relevés
ces jours ci : l’initiative Confluence à Lyon, la conception
de vertèbres artificielles, à poser en trente minutes,
par la société française Vexim.
Que
ceux qui demain, parce qu’ils n’auront pas assumé leurs
responsabilités, expliqueront, comme en d’autres temps, « nous
n’avons pas voulu cela » soient prévenus que cette
mauvaise excuse n’est plus acceptable.
Armand
Braun
|